4 janvier 1959: le déclic de la conquête de l’indépendance

Hochschild-Congo-merl

Le 4 janvier 1959, Kinshasa, appelé alors Léopoldville, connait des émeutes qui éclatent après que les autorités coloniales ont interdit aux membres du parti politique ABAKO (Alliance des Bakongo) de manifester. Cette révolte populaire va durer trois jours. La répression est très violente. Le bilan officiel est de quarante-neuf morts. Mais d’autres sources, notamment celles de l’Abako parlent des centaines de morts. Cette date a marqué le déclenchement de la conquête de l’indépendance. C’est une année et demie après que le Congo belge accèdera à la souveraineté nationale et internationale.

Cette date est directement liée à l’indépendance de la RDC et mérite d’être célébrée, commente aujourd’hui le père Léon de Saint Moulin, professeur émérite et membre du Centre d’études pour l’action sociale (Cepas).

Pour lui, cette journée a déclenché une accélération inattendue de la marche vers l’indépendance du Congo.

« C’est un jour qui marque une étape décisive dans la conquête de l’indépendance. Le pouvoir colonial a dû prendre conscience que l’indépendance était une aspiration profonde et les gens l’ont manifesté. Officiellement on parle de 49 morts mais on dit qu’il y en a eu 100 et peut-être 300. L’administration a été affolée quand elle a vu le lendemain, le nombre de morts », note l’historien belge qui s’est installé en RDC depuis août 1959.

Il estime que cet événement n’est pas anodin. Pour lui, il s’agit en fait d’un cumul de certains faits notamment la domination coloniale et la prise de conscience africaine, après avoir participé à plusieurs congrès internationaux. C’est la somme de tous ces faits qui a conduit à ce résultat.

Le meeting de l’Abako à l’origine

Cette révolution populaire a commencé après l’annulation du meeting de l’Alliance des Bakongo (Abako), le parti du feu président Joseph Kasa-Vubu, le premier président de la République démocratique du Congo (RDC).

En retraçant l’histoire, le père Léon de Saint Moulin rappelle que l’Abako voulait rassembler ses partisans pour leur rendre compte du congrès d’Accra au Ghana. Des centaines de délégués africains ont pris part à ce forum autour des thèmes d’indépendance et d’unité de l’Afrique. Les participants revendiquaient le leadership panafricain. L’Abako était représenté par Gaston Diomi, étant donné que Kasa-Vubu n’était pas autorisé à partir.

L’historien belge, le père Léon de Saint Moulin, relate que l’Abako a informé le bourgmestre de la ville, le 30 décembre 1958, sur la tenue de son meeting. Cette formation politique tenait à organiser cette rencontre le 4 janvier 1959 à la place YMCA,  après celle de Patrice Emery Lumumba tenue quelques jours auparavant.

Seulement, la lettre d’information lui est arrivée le 2 janvier. Il a répondu le même jour mais le parti de Kasa-Vubu ne va recevoir la lettre que le 3 janvier 1959.

« Si c’est une réunion privée, nous ne faisons pas objection, mais elle n’a pas le caractère privé qu’elle semble avoir, vous êtes responsables [de tout ce qui pourrait arriver] et vous devez le savoir », pouvait-on lire dans cette lettre indique le père Léon de Saint Moulin.

Selon lui, la confusion est aussi partie de l’administration belge qui a laissé planer un flou.

Kasa-Vubu est venu à l’YMCA pour disperser ses partisans, en leur disant que le meeting était annulé. Au même moment, un administrateur belge est venu sur place et sa présence a suscité la curiosité des membres de l’Abako qui lui ont demandé ce qu’il faisait sur le lieu.

L’administrateur belge leur a répondu que le meeting n’était pas interdit et qu’il a été envoyé pour assister à la réunion annoncée au bourgmestre. Le message a vite circulé et la foule s’est de nouveau rassemblée…mais le meeting n’a finalement plus eu lieu.

« Cette situation a permis de mettre en place un cadre de la nervosité et d’incertitude dans le chef des chefs des militants de l’Abako », raconte l’historien belge.

La présence d’autres commissaires belges qui sont venus passer voir ce qui se passait a encore irrité les Congolais. Un a été pris par la foule. Un autre a voulu le dégager et a tiré en l’air et le bruit a circulé qu’on tuait les noirs…

Le père Léon de Saint Moulin, explique les circonstances du report du meeting de l’Abako.

Le foot s’en mêle

Le 4 janvier 1959, ce n’est pas seulement le meeting annulé de l’Abako. C’est aussi la rencontre de football V.club-Mikado (une équipe de Sabena, la compagnie belge) qui se jouait au stade Tata Raphaël.
L’analyste sportif et consultant à Radio Okapi, François Siki Ntetani, nous replonge dans l’ambiance de ce match:

« A la fin de l’année, l’autorité du Congo Belge a organisé un match de Gala le 27 décembre 1958 au Stade Roi Baudouin opposant St Eloi à Victoria Club (V.club). Un duel entre entre le champion d’Elisabethville (Lubumbashi) et Léopoldville (Kinshasa). V.club perd par 5-1. Et le 4 janvier, V.club devrait encore jouer en demi-finale contre Mikado. L’équipe de Léopoldville a perdu par 3-1. Le même score que le match du championnat joué quelques semaines auparavant », explique le directeur et rédacteur en chef du desk des sports de l’Agence congolaise de presse (ACP), Siki Ntetani.

Déçus par cette nouvelle défaite, les supporters de V.club ont rencontré, à la place YMCA, les mécontents de l’Abako et cette jonction a entraîné des révoltes populaires et sociales spontanées, appelées émeutes du 4 janvier 1959, ajoute-t-il.

Il note que cette révolte couvait déjà depuis 1957, lors de la tournée des joueurs de Motema Pembe et de V.club en Belgique.

Dans leurs discussions, les Belges étaient étonnés de voir que les matches joués dans les stades congolais attiraient une foule immense. Ils ont demandé aux Congolais s’ils gagnaient beaucoup d’argent de ces rencontres sportives. Les joueurs du Congo-Belge leur diront qu’ils ne percevaient rien. Ils ont dit qu’ils étaient juste conviés à partager une bouteille de boisson sucrée après le match et un diner à la fin de la phase aller.

« Vous êtes des fous », leur rétorque les joueurs belges qui s’interrogent : « Comment vous ne profitez pas de vos propres droits et ce sont les organisateurs qui en profitent ? »

C’est au retour qu’ils vont créer un groupe de revendications dirigé par François Silu, l’ancien président de l’As Victoria club. Toutes les équipes y étaient représentées.

Cette conscientisation des joueurs belges a permis aux Congolais de prendre conscience de la domination et du traitement injuste dont ils subissaient de la part des colonisateurs.

Une équipe belge, raconte François Siki Ntentani, ne devrait pas perdre face à une équipe congolaise.

Tous ces faits ont, d’après lui, préparé le public sportif de Kinshasa, et de Vclub en particulier, à la révolte.

4 janvier, et après ?

A quoi ont conduit les émeutes de cette journée du 4 janvier ?

L’implication majeure est l’obtention de l’indépendance le 30 juin 1960, soutient le père Léon de Saint Moulin.

Pour lui, la vertu numéro 1 du 4 janvier est cette expression de foi dans les capacités dont disposaient les Congolais.

Le peuple a dit qu’il se sentait capable de s’assumer lui-même. Cette capacité de se sacrifier, au besoin, pour le progrès commun est une valeur.

« Le peuple congolais est capable de faire des choses avec force et avec réalisme et même de façon solide », fait savoir Léon de Saint Moulin.

Pour cet historien, c’est à partir du 4 janvier 1959 que les Congolais ont commencé à préparer les institutions devant être mises en place à l’indépendance, même si la date n’était pas encore précisée.

Il y avait un espoir d’obtenir cette indépendance parce que le 13 janvier 1959, le roi belge avait déjà exprimé la volonté de la Belgique d’accompagner la RDC à cette souveraineté.

C’est finalement le 30 janvier 1960 que le Congo accède à son indépendance.

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